Publié le 22/11/2008
Forêt : Tout le monde est en mode survie
Pas de reprise sérieuse avant l’automne 2009
Jean Lacaille - Maniwaki – La crise boursière jumélée à la chute dramatique des marchés aux États-Unis bouleversent l’industrie forestière et contaminent les échanges commerciaux. Malgré ce scénario peu reluisant, la Vallée-de-la-Gatineau tire son épingle du jeu.
«Je n’ai pas de boule de cristal, mais la situation actuelle ne devrait pas changer avant le début de l’été prochain en vue d’une reprise à l’automne 2009. Les mises en chantiers des résidences vont continuer de chuter pendant au moins 10 mois encore aux États-Unis. La moyenne de 1,5 million de résidences, qui est grimplée à 3 millions il y a trois, va plafonner à 800 000 en 2009, soit la moitié du marché normal. En fait, l’économie sera fragilisée au cours des 10 prochaines années comme ce fut le cas durant les crises économiques de 1929 et de 1980. Nous allons avoir droit à une certaine vigueur du marché au printemps 2010», affirme l’ingérieur forestier, Benoit Labrecque, conseiller au développement de l’industrie forestière au Centre local de développement de la Vallée-de-la-Gatineau à Maniwaki.
La mise est sauvée
Si la Vallée-de-la-Gatineau, même si la situation est toujours précaire, semble s’en sortir mieux qu’ailleurs, c’est qu’elle a été particulièrement agressive au niveau de la seconde et la troisième transformation de la forêt.
«Les usines et les entreprises qui ont misé sur la deuxième et la troisième transformation ont réussi à doubler leurs chiffres d’affaires malgré la crise qui sévit actuellement. Le secteur de la rénovation domiciliaire a également connu un essor. Les gens ne construisent plus, ils améliorent leurs propriétés en investissant gros. C’est le cas pour de nombreux villégiateurs, pour la majorité des baby-boomers qui, de plus en plus, transforment leurs chalets, leurs résidences secondaires, en résidences permanentes.. La Vallée-de-la-Gatineau est donc moins affectée par la baisse de constructions neuves aux États-Unis. Les emplois dans ce secteur sont maintenus, et dans certains cas, sont augmentés.»
Le temps des projets
Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est en temps de crise qu’il faut préparer la reprise. À l’heure actuelle, plusieurs importants projets de développement forestier sont en cours. En fait, deux projets sont actuellement en branle dans le domaine de la transformation du cèdre en plus du projet de la Coopérative de solidarité des entrepreneurs de la Gatineau, dont on entend peu parler, mais qui n’en continue pas moins de progresser selon le rythme prévu. À ces bonnes nouvelles, il faut ajouter un projet agrico-forestier de même qu’un projet de transformation de la biomasse à des fins énergétiques.
«Il ne faut pas arrêter de peaufiner des stratégies, des projets. C’est en plein le temps de le faire. Et ce faisant, nous pourrons entrer dans la danse dès le son de la musique. Contrairement à l’Amérique du Nord, le Québec ne devrait pas se retrouver en récession. Les projets de grands barrages hydroélectriques de même que tous les chantiers routiers, pour le renouvellement des infrastructures, sont devenus obligatoires. Le secteur de l’emploi devrait connaître des bouleversements au cours des cinq prochaines années alors que plusieurs baby-boomers se retrouveront à la retraite. D’où l’importance de préparer la reprise afin d’éviter qu’on se retrouve les mains vides lorsque viendra le temps de retrousser nos manches.»
Les joueurs majeurs
La capacité d’emprunt des forestières AbitibiBowater et Louisiana Pacific fait en sorte que ces deux usines peuvent se maintenir en ce temps de crise forestière. «Tant et aussi longtemps que l’usine de Gatineau aura besoin de copeaux, l’usine de Maniwaki d’AbitibiBowater continuera de produire.»
Une menace plane cependant sur l’usine de Louisiana Pacific à Bois-Franc. «Le coût de revient du produit est incertain si bien que nous ne sommes pas en mesure d’évaluer la longévité des opérations. Même si les deux usines ferment occasionnellement, la région peut tout de même se compter chanceuse quand elle se compare à la déconfiture de l’industrie dans la région du Pontiac qui a perdu plusieurs centaines d’emplois par la fermeture d’usines.»
Benoit Labrecque insiste sur le fait que le timing ne peut être plus bénéfique à la mise en place de projets qui ne peuvent, pour l’instant, se matérialiser mais qui seront prêts pour la relance, le temps venu. «Il faut poursuivre notre travail de préparation à la reprise. C’est le seul moyen que nous avons d’assurer l’avenir économique de notre industrie forestière».