Publié le 21/1/2008
Vivre en santé
Le trappage dans le sang depuis 77 ans
Roger Nolan - Alors qu’à l’âge de 12 ans la plupart des jeunes garçons s’amusent à jouer au hockey ou à pratiquer d’autres sports, pour le jeune Adrian Parent il en fut tout autrement puisque, son père étant propriétaire d’une terre à bois, l’adolescent lui prenait plaisir à étendre des pièges afin de capturer des renards et des visons et cet attrait pour le piégeage est toujours allé en s’accroissant. En effet, 77 ans plus tard, il fait toujours de la trappe et ce qui jadis n’était qu’un passe-temps est devenu pratiquement un mode de vie. Lorsqu’il travaillait, il devait se contenter de trapper sporadiquement mais, depuis qu’il a pris sa retraite, il passe la majeure partie de l’année seul en forêt à s’occuper de ses pièges.
Lorsque Rosario Lacasse, un trappeur d’expérience, a décidé de prendre sa retraite, M. Parent s’est porté acquéreur d’une partie de la ligne de trappe que ce dernier possédait dans la région de Belle-Terre/Joncas et, quelques années plus tard, il en deviendra le seul propriétaire. N’étant pas du genre à se casser la tête avec les tracas quotidiens, depuis 16 ans, M. Parent quitte Mont-Laurier chaque printemps, soit au tout début de mai, pour aller vivre sur son territoire de trappe. Vivant seul dans une bâtisse qui est éclairée grâce à une génératrice, mais qui ne possède ni télévision et ni téléphone, il passe l’été à taquiner le poisson et à bien préparer ses pièges de façon à ce que tout soit près lorsque viendra la saison du piégeage, soit en octobre. Comme il le soulignait, de temps à autres, il revient à Mont-Laurier pour voir la famille et pour se ravitailler.
Pour ce trappeur en herbe, les animaux à fourrure qu’il cherche à capturer sont le castor, la martre, la loutre, le vison, le rat musqué et le raton laveur. Selon M. Parent, les choses ont bien changé depuis qu’il a débuté et avec les pièges qu’on utilise de nos jours il est faux de prétendre que les animaux souffrent lorsqu’ils sont capturés. “Contrairement à ce que les gens pensent, dit-il, ce n’est plus le cas”. Selon ce dernier, les campagnes de boycottage menées par différents groupes ou individus, dont Brigitte Bardot, ont une incidence sur les ventes, principalement en Europe, et inévitablement sur le prix des peaux, ce qui rend ce commerce un peu moins attrayant. “Ils en sont rendus, dit-il, à faire campagne pour demander aux gens de boycotter la fourrure synttéthique”. Lorsque nous lui avons demandé s’il avait déjà reçu la visite de Mme Bardot sur son territoire de trappe il s’est contenté d’esquisser un sourire. M. Parent a pris soin d’assurer sa relève puisqu’un de ses fils, Gilles, se spécialise dans la capture du loup et, au cours de la dernière année, sont petit-fils, Éric, s’est porté acquéreur de la ligne de trappe de son grand-père.
Vers le mois de novembre, soit lorsque l’épaisseur de la neige atteint sept à huit pouces de neige, M. Parent revient au bercail pour y passer le reste de l’hiver. Toutefois, il serait faux de penser que cet homme, qui aura 89 ans le 28 janvier prochain, en profite pour se reposer, loin de là, puisqu’à son retour il doit plumer ses animaux à fourrure et les préparer avec soin en vue de les vendre. Lorsque nous lui avons rendu visite, il venait à peine de terminer ce travail qu’il avait déjà entrepris de fendre un énorme tas de bois de poêle, soit de lourdes bûches d’érable ce qui rend le travail encore plus difficile. Le seul repos significatif pour cet homme actif fut en 2003 alors qu’on lui a diagnostiqué un cancer des intestins, ce qui nécessita une délicate intervention chirurgicale et il passa 12 jours aux soins intensifs. D’ailleurs, ce dernier se fait un plaisir de vanter la qualité des soins de santé dans la région de Mont-Laurier.
Pour cette force de la nature, pas question de se laisser abattre par un cancer et pas question, non plus, de suivre des traitements de chimiothérapie ou autres car, pour lui, tout se passe dans la tête et il était prêt à faire l’effort nécessaire pour s’en sortir. Comme on dirait dans la télé-série Les Boys, c’est le “mental” qui compte. Sa convalescence fut d’assez courte durée car une fois qu’il avait repris des forces il était déjà prêt à reprendre ses activités et il s’empresse de dire avec fierté qu’il ne ressent aucun malaise et qu’il rend visite à son médecin une fois l’an seulement. Il espère que son message puisse servir à encourager ceux ou celles qui sont aux prises avec des problèmes de santé.
Adrian Parent a vu le jour à Plaisance, le 28 janvier 1919, et par la suite il demeura à Thurso durant 8 ans. A l’âge de 18 ans, il entrait à l’emploi de la James MacLaren ce qui l’amena à Mont-Laurier. Par la suite, il travailla, entre autres, durant 13 ans, au moulin de la Eagle, soit à l’endroit même où se trouve aujourd’hui l’usine de la Bellerive Ka’N’enda. Un beau jour, Pit Lacasse, qui était scieur au moulin Bachman Lumber, l’approcha pour lui proposer de faire l’installation de la nouvelle machinerie à cette scierie et il demeura à cet endroit durant 24 ans, à titre de contremaître. Le slogan de la Ville de Mont-Laurier étant “d’un naturel accueillant”, le tout a sûrement eu un effet d’entrainement sur notre homme puisqu’un jour il décidait de s’établir ici d’une façon définitive.
Toutefois, il serait bon de souligner que M. Parent avait eu la chance de faire la connaissance d’une jolie lauriermontoise, soit Reina Lefebvre, qui allait plus tard devenir son épouse. Adrian et Reina se sont mariés il y a 67 ans et le couple a eu six enfants, Murielle, Gilles, Lise, Jocelyn, Jean-Luc et Christian. En 1974, ils ont été lourdement éprouvés alors que Jocelyn s’est noyé dans le Lac Ste-Marie, à Nominingue. La famille Parent se compose aujourd’hui de onze petits-enfants et de quinze arrières-petits-enfants. Le 1er mai 1960, M. Parent fit l’achat d’une maison sur la rue Dorion, à Mont-Laurier, et, 48 ans plus tard, le couple habite toujours à cet endroit. Reina Lefebvre-Parent est présentement âgée de 88 ans et elle n’a rien à envier à son époux en ce qui concerne le fait d’être actif puisque, depuis nombre d’années, elle passe de nombreuses heures à faire du bénévolat. D’ailleurs, en 2006, la Ville de Mont-Laurier rendait hommage à cette bénévole émérite et, à l’automne 2007, ce fut au tour du Centre d’action bénévole Léonie-Bélanger de lui rendre hommage en lui présentant une plaque attestant de ses 25 ans de bénévolat. Pour ce couple, le secret pour vivre longtemps et en bonne forme est fort simple puisqu’il se résume à trois choses: le travail, une saine alimentation et l’exercice physique.