J. Lacaille - Kazabazua - Après deux ans d’un combat acharné contre l’implantation d’un site d’enfouissement technique à Danford Lake, la préparation et la présentation des mémoires au Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE), en juin dernier la Coalition contre le mégadépotoir de Danford Lake a décidé d’ouvrir son jeu en étalant sa première carte politique sur la table.
André Carrière et Michèle Borchers, respectivement président et vice-présidente de la Coalition et l’ingénieur Raye Thomas, une personne ressource de l’organisme, ont animé la rencontre d’information, dimanche après-midi à l’école Queen Elizabeth à Kazabazua, à laquelle assistaient une soixantaine de membres de la Coalition.
“Nous voulions rencontrer nos membres pour dresser le bilan de nos actions au cours des deux dernières années et pour les informer de la stratégie que nous avons mis de l’avant au cours des dernières semaines, jeter un coup d’oeil sur notre participation aux audiences publiques de mai dernier et finalement leur faire part de rencontres avec les politiciens locaux, régionaux et nationaux”, d’indiquer le président, André Carrière.
Le président André Carrière, après avoir analysé les représentations de la Coalition aux audiences du Bape, a indiqué que les dirigeants du groupe avaient été impressionnés par l’excellence des mémoires présentés aux commissaires.
“Les mémoires présentés ont été si nombreux que le Bape a été dans l’obligation de prolonger l’audience sur cinq jours, au lieu des deux jours initialement prévus, pour l’audition des mémoires. Nous avons eu droit à un excellent exercice démocratique. Des 84 mémoires qui ont été présentés, 68 s’opposent à l’implantation d’un lieu d’enfouissement technique à Danford Lake. Dans son intervention, au deuxième jour des audiences, le préfet de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, M. Pierre Rondeau, a étonné les gens de la Coalition en indiquant la régionalisation du dossier de la gestion des matières résiduelles en indiquant que la discussion était en branle entre la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, la MRC des Collines de l’Outaouais et la ville de Gatineau. Le rapport du Bape a été déposé à la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec, Mme Line Beauchamp, le 14 septembre dernier. On nous a dit qu’une décision allait être prise à la mi-novembre. La Coalition ne comprendrait pas que le Bape ne lui soit pas favorable étant donné que la très grande majorité des mémoires présentés sont contre le lieu d’enfouissement technique à Danford Lake, qui est appuyé par la MRC Pontiac”, d’ajouter Michèle Borchers.
Rappelons que 490 contribuables de Danford Lake sur un total possible de 600 ont rejeté le projet d’implantion d’un lieu d’enfouissement technique en signant une pétition à cet effet.
Afin de donner suite aux nombreux mémoires la favorisant, quelques dirigeants de la Coalition se sont rendus à Montréal, en août dernier, pour rencontrer les membres du personnel de la ministre Line Beauchamp. “Cette rencontre de courtoisie était tout à fait de mise. Nous avons été bien accueillis et ils ont apprécié le sérieux de notre engagement”, ajoute André Carrière.
Le caucus libéral de l’Outaouais
Les leaders de la Coalition, à la suite d’un lobbying exercé auprés des élus de l’Outaouais, ont obtenu une rencontre, qui a eu lieu le vendredi 31 août dernier, à Gatineau, avec les membres du caucus de la députation libérale outaouaise, composé du député-ministre Benoit Pelletier, responsable de l’Outaouais, le whip en chef du gouvernement, le député Norman McMillan, la députée de Gatineau, Stéphanie Vallée, le député de Hull, Roch Cholette et la députée de Pontiac, Charlotte L’Écuyer. Dès l’arrivée des membres de la délégation de la Coalition, la députée Charlotte L’Écuyer a quitté la salle, à leur grande surprise. Le député de Papineau, Norman McMillan, avait motivé son absence à cette rencontre qui a permis aux dirigeants de la Coalition d’informer les membres de la députation outaouaise des enjeux importants qui vont se jouer dans les prochains mois au chapitre de la gestion des matières résiduelles.
La Coalition estime que la région de l’Outaouais est prête pour le grand virage. Elle précise l’enjeu : la gestion écologique des matières résiduelles en Outaouais dans une perspective de développement durable.
Les recommandations
La Coalition recommande de tirer parti du consensus actuel entre la population de l’Outaouais et ses élus sur la direction que devrait prendre la gestion des matières résiduelles, de saisir l’incroyable opportunité politique et économique que représente la conversion des déchets en énergie, afin de léguer aux générations à venir un environnement plus sain et une nouvelle source d’énergie alernative, d’abandonner le projet de lieu d’enfouissement technique de Danford Lake, puisque, comme les audients du BAPE l’ont confirmé, il n’est appuyé ni par la population ni par la majorité des acteurs régionaux, et, d’accorder un sursis aux acteurs régionaux pour qu’ils puissent poursuivre leurs efforts en vue d’une solution à moyen et long terme qui soit gagnante à tous les niveaux.
La Coalition a également tablé sur le consensus entre la population et ses élus sur la direction à prendre puisqu’elle estime que la population est prête pour le grand virage, que les acteurs régionaux sont, en majorité, prêts eux aussi, que l’incertitude demeure quant à l’origine des déchets qui seraient envoyés à Danford Lake, que les craintes au niveau de l’environnement, du transport et de la sécurité routière sont justifiées, que la population a des attentes précises vis-à-vis du gouvernment du Québec et que les possibilité de financement existent.
Cinq grands principes
Cinq grands principes guident la Coalition : prendre compte le développement durable en causant le moins de risques possible aux humains et à leur environnement à long terme ; en mettant à profit la haute valeur énergétique des matières résiduelles pour compléter les efforts de prévention, de recyclage et de compostage ; de privilégier le principe de proximité, comme 11 des 12 villes canadiennes de la taille de Gatineau que la Coalition a enquêtées (Victoria, Burnaby, Saskatoon, Regina, Sudbury, Windsor, Markham et Oshawa, Laval, Sherbrooke, Halifax et St-John’s) : neuf d’entre elles ont un lieu d’élimination à moins de 17 km et deux sont sur le point d’adopter une nouvelle technologie implantée à proximité ; de tenir compte de l’équité sociale : 500 personnes ne devraient pas avoir à sacrifier leur environnement parce que 350 000 personnes ne veulent pas de leurs déchets chez elles.
Les acteurs régionaux
La majorité des acteurs régionaux considèrent l’enfouissement comme une méthode de stockage périmée et risquée et ils veulent s’orienter vers d’autres solutions. La MRC de Papineau restera très probablement cliente du lieu de Lachute mais elle cherche déjà, selon la Coalition, à convertir ses déchets ultimes en énergie pour alimenter en électricité une usine de pâtes et papiers de sa région.
La ville de Gatineau et les MRC de la Vallée-de-la-Gatineau et des Collines-de-l’Outaouais viennent de décider de régionaliser le dossier en négociant, pour le court terme, un nouveau contrat d’élimination de leurs déchets afin de se donner le temps de rechercher conjointement, à moyen terme, une technologie alternative à l’enfouissement. Malgré le fait que la MRC Pontiac se soit prononcée en faveur d’un lieu d’enfouissement, cinq maires de cette MRC se sont déclarés intéressés par la gazéification au plasma, le modèle choisi par la Coalition.
La Coalition exprime ses craintes quant à l’origine des déchets qui seraient envoyés à Danford Lake pour trois raisons : la proximité de l’Ontario et la pénurie de lieux d’enfouissement dans l’Est ontarien ; la société du promoteur du lieu à Danford Lake est détenue à 75 % par une compagnie ontarienne de démolition et de recyclage et les déchets ultimes sont déjà importés au Québec, faute d’une surveillance adéquate.
En novembre 2006, le gouvernement ontarien lançait une vaste consultation plublique sur des projets innovateurs pour la valorisation énergétique des déchets. La ville d’Ottawa, mais aussi celles de Red Deer et d’Edmonton, en Alberta, ont opté pour la gazéification au plasma. C’est d’ailleurs une entreprise québécoise de Sherbrooke, Enerkem, qui travaille au projet d’Edmonton, ainsi qu’au projet d’une telle usine sur les bords de la Tamise, à Londres.
Aux audiences du BAPE, l’ingénieur en chef du promoteur du projet de Danford Lake, à la surprise générale, dévoile son enthousiasme pour la gazéification au plasma.
La Coalition estime que la solution proposée par Plasco Energy Group, d’Ottawa, pour la construction d’usines de gazéification au plasma dans l’Outaouais québécois est optimale pour les municipalités, car elle ne requiert aucun investissement de leur part.
La Coalition a indiqué aux membres de la députation outaouaise qu’il existait plusieurs programmes de financement pour la mise en place de cette formule.
“Cette rencontre a été positive. Nous sommes très optimistes pour l’avenir. Nous sommes confiants que les députés de l’Outaouais donneront suite à notre démarche dans un avenir rapproché. Nous attendons également la position de la ministre à la suite de audiences publiques “, conlut André Carrière.