Publié le 28/9/2007
Mégadépotoir de Danford Lake
Le BAPE dit non au promoteur
Jean Lacaille - Québec et Danford Lake - Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), à la lumière de son analyse et de la consultation publique qu’elle a réalisés, en arrive à la conclusion qu’il n’est pas souhaitable d’autoriser le projet d’un lieu d’enfouissement technique à Danford Lake présenté par la LDC, gestion et services environnementaux.
La décision de la commission a été rendue publique jeudi. Mais la véritable décision repose entre les mains de la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs du Québec, Mme Line Beauchamp. La décision finale est donc politique et c’est pourquoi la Coalition contre le mégadépotoir de Danford Lake est bien loin de crier victoire, comme l’explique la vice-présidente de l’organisme, Michèle Borchers, un peu plus loin dans ce reportage.
De l’avis de la commission, il est impératif que le choix quant à la gestion régionale des matières résiduelles découle de la demande de réflexion et de concertation déjà amorcée par la Table des préfets de l’Outaouais, plutôt que de s’ajuster au dépôt du nouveau projet. Bien que la valorisation des matières résiduelles soit privilégiée dans l’Outaouais, plutôt que leur enfouissement, le processus pour trouver une solution à la gestion régionale des matières résiduelles est toujours en cours. Pour cette raison, le lieu d’enfouissement technique (LET) proposé risquerait de compromettre la démarche de concertation amorcée depuis quelque temps.
Afin que cesse l’actuel transport extrarégional des matières résiduelles générées dans la région de l’Outaouais, la commission encourage la poursuite de la démarche régionale entreprise afin de déterminer la technologie de valorisation des matières résiduelles à retenir ainsi que les lieux pour l’implantation des équipements.
Pour la commission, il importe que les équipements régionaux de gestion des matières résiduelles soient situés près des sources qui les génèrent de façon à minimiser le transport ce qui n’est pas le cas du LET proposé. De plus, compte-tenu du contexte exigeant la fermeture des dépôts en tranchée pour janvier 2009, la commission convient qu’une solution temporaire de gestion des matières résiduelles sera nécessaire sans toutefois cautionner le projet.
Beaucoup trop
La commission constate que la capacité totale de 8 mégatonnes du LET proposé, échelonné sur une trentaine d’années, excéderait largement les besoins de la région de l’Outaouais. Ce sera d’autant plus vrai lorsqu’une technologie de valorisation sera choisie et implantée pour desservir la région, car les besoins des enfouissements seront alors réduits. La commission reconnaît toutefois qu’il subsistera un besoin d’enfouir une certaine quantité des matières résiduelles générales, de façon complémentaire à la valorisation.
Les impacts du projet
S’il se réalisait, le projet entraînerait une augmentation importante du camionnage sur la route 301, entre Kazabazua et Danford Lake, alors que l’augmentation serait modérée sur la route 105. Par ailleurs, advenant une pollution de l’eau souterraine par le lixiviat, il pourrait être difficile de circonscrire le problème et de traiter les volumes d’eau contaminée provenant d’un lieu d’enfouissement d’une telle ampleur.
L’équité sociale
Le projet soulève des questions d’équité, particulièrement parce que ce lieu est éloigné des principaux centres qui génèrent les matières résiduelles de l’Outaouais. L’ampleur du projet par rapport à son milieu d’insertion, la difficulté pour les résidants de participer à la prise de décision des instances municipales et les inquiétudes quant au contrôle des répercussions environnementales ont suscité une forte opposition dans la population. Aux yeux de la commission, ce projet représente une problème d’acceptabilité sociale.
Rappelons qu’au cours de la première partie de l’audience publique, la commission a tenu six séances publiques à Lac Ste-Marie et Gatineau. En deuxième partie, huit séances publiques ont permis à la commission de recevoir 84 mémoires et d’entendre 17 présentations verbales de la part des personnes, des groupes, des organismes et des municipalités intéressés par le projet.
Un soupir de soulagement
Michèle Borchers, vice-présidente de la Coalition contre le mégadépotoir de Danford Lake a indiqué que, pour la première fois, son organisme recevait un son de cloche différent par rapport aux positions antérieures prises par le conseil municipal de Danford Lake et le conseil des maires de la MRC Pontiac. “Mais nous ne crions pas victoire contrairement à ce qu’on laisse entendre dans les médias urbains. Nous serons pleinement satisfaits que le jour où nous aurons trouvé la solution outaouaise à la problématique d’élimination des matières résiduelles.”
Mme Borchers croit que le rôle que doit jouer la Coalition à la suite de cette décision du BAPE est d’encourager la ministre Beauchamp à entériner la décision rendue par le BAPE à la suite de sa consultation publique.
La carte politique
Pour Mme Borchers, la décision finale appartient aux politiciens dont ceux qui sont membres du caucus libéral outaouais. “Nous devons poursuivre notre lobbying auprès des députés de l’Outaouais qui connaissent exactement ce à quoi nous nous attendons puisque nous les avons informés de notre position lors d’une récente rencontre. Tant et aussi longtemps que la ministre Beauchamp n’aura pas entériné la décision du BAPE, il n’y a rien de gagné.”
Puis il restera à réparer les pots cassés à Danford Lake où, depuis deux ans, des positions contraires se sont affrontées régulièrement. “Un tel combat laisse des plaies qui, malheureusement, prendront un peu de temps à guérir.”
Les promoteurs espèrent toujours que la ministre tranche en leur faveur. “Je le répète, nous n’avons rien gagné encore. Il faut s’assurer que nous avons été bien compris par les politiciens et que leur décision n’ira pas à l’encontre de la majorité des résidants de Danford Lake”, conclut Mme Borchers.