Publié le 5/8/2009
Le Lac Blue Sea va mourir si les gens n’en décident pas autrement
Le diagnostic du biologiste Henri Fournier est clair et net
Jean Lacaille - Messines- Le défi de purifier les eaux du Lac Blue Sea n’est pas technique, ni même financier, il est social. Tant que les résidents et villégiateurs de Blue Sea et Messines diront que le problème n’est pas dans leur cour ou encore qu’ils ont des droits acquis, l’état de santé du lac va se détériorer et on aura qu’à prononcer son décès à plus ou moins long terme.
«Des gestes draconiens devront être posés. Le lac est eutrophié depuis 1992. Le touladi ne peut plus s’y reproduire autrement que par l’ensemencement et rien n’a été concrètement fait depuis quinze ans pour améliorer son état de santé, lance Henri Fournier, expert-conseil en eutrophisation et en habitat du poisson. La seule question que je me pose actuellement est quand prononcera-t-on la mort du lac ? Il ne servirait à rien de minimiser la précarité de la santé du lac. C’est un constat direct et j’espère qu’il va alimenter une réflexion générale», a-t-il dit alors qu’il était l’invité de l’Association du Bassin versant du Lac Blue Sea le dimanche 12 juillet dernier au Centre multiculturel de Messines.
Le bassin versant
Un bassin versant est un entonnoir qui reçoit l’eau qui ruisselle des montagnes et qui se jette dans les cours d’eau avoisinants. Le bassin versant du Lac Blue Sea a fait l’objet d’une étude de l’Université du Québec à Montréal en 2000.
«Les faits sont clairs. Le touladi ne se reproduit plus depuis 1990. La concentration de phosphore a augmenté de 80 %. La situation n’est pas encore dramatique parce que l’eutrophisation est limitée. La situation est réversible mais il faut agir rapidement et convaincre les gens de changer leur mode vie autour du lac. Renverser la situation au moment actuel va coûter des sous. Plus on attend, plus l’opération sera onéreuse. Il ne faut pas perdre l’oxygène du lac. Il sera difficile de traiter l’eau si c’est le cas.»
Les actions à prendre
Il faut absolument réduire les apports de phosphore le plus rapidement possible, regrouper les intervenants et agir en fonction des meilleurs connaissances scientifiques disponibles. «C’est simple, il faut une volonté socio-politique pour solutionner le problème. Il faut amorcer les discussions avec les acteurs du bassin versant, établir des scénarios de réduction des apports et il faut surtout se rappeler qu’il n’y a pas de petit geste.»
La renaturalisation des bandes riveraines, l’utilisation de savons sans phosphate et l’entretien régulier des installations septiques sont également des moyens de surseoir à la dégradation de la qualité des eaux du bassin versant.
Il faut que les utilisateurs des lacs du bassin versant prennent conscience qu’il ne sert à rien de remettre à demain ce qui peut être fait aujourd’hui. Qui voudrait d’une résidence près d’un lac pollué ? «C’est pourquoi il faut agir maintenant avant qu’il ne soit définitivement trop tard».