Publié le 8/11/2007
Une chronique de Jean Lacaille
La paire de chaussettes de ma grand-mère
Les Québécois n’ont aucune leçon à recevoir sur la raison. Les accommodements, on connaît ! Plaire à l’un sans déplaire à l’autre, c’est l’histoire de toute une vie. Bien sûr qu’il faut s’accommoder des autres mais jusqu’à un certain point !
Les gens que je rencontre commentent volontairement la fameuse question des accommodements raisonnables, avec un petit bémol cependant: “Oui, mais, jusqu’à un certain point !” Ils croient aussi que le Québec a d’autres chats à fouetter, mais bon, qu’à celà ne tienne.
Les gens que je rencontre, qui discutent de la question, font cependant fi des grandes pensées intellectuelles de la Commission Taylor-Bouchard , créée à la hâte, s’empressent-t-ils de dire, par le premier-ministre Jean Charest qui ne voulait pas de cette patate chaude dans la marmite électorale en mars dernier. Il s’est donc accommodé, en cédant à d’autres, le fardeau des accommodements.
Ce que je retiens de la pensée du peuple rural que je côtoie tous les jours à Blue Sea, en Outaouais, et ailleurs, c’est qu’il est disposé à céder certaines libertés aux immigrants du Québec mais pas au point de chambarder leurs propres moeurs, leur façon de vivre, de faire, le legs de leurs ancêtres. Ils estiment qu’ils devraient se plier aux lois et à la façon de vivre de leur pays d’adoption. Ils s’estiment chaleureux, compréhensifs, tolérants et pas plus, ni moins racistes, que l’ensemble des humains de la planète.
Ils ne consentiront jamais à changer l’image qu’ils dégagent dans le monde pour des gens qu’ils adoptent, auxquels ils confèrent les mêmes chances, les mêmes droits. En somme, ils estiment qu’ils sont très permissifs et ne comprennent pas que les immigrants leur réclament des droits qu’eux-mêmes ne seraient pas prêts à leur consentir ailleurs dans le monde. Ils sont tout ce que vous voulez, mais ne sont pas naïfs.
C’est ce qu’ils veulent dire par “jusqu’à un certain point !”. Et je me range de leur côté en espérant que MM. Taylor et Bouchard fassent de même. L’intellectualité, à ce que j’en sache, est un état de connaissance exceptionnel atteint par une personne intelligente à force de s’instruire sur les matières et la moralité de la vie. Mais, ne peut-on pas reconnaître l’intelligence d’une personne sans qu’elle soit intellectuelle ?
On peut s’accommoder de l’inteligence des uns et des autres et on peut juger leur attitude hautaine quand ils jugent le petit peuple en prétendant qu’il n’a pas toutes les connaissances requises pour juger de la raison et du pourquoi des choses matérielles ou morales. L’intellectuel n’a pas à juger de l’intelligence de son voisin. Ce faisant, il démontre qu’il ne s’accommode pas pas du sens de la raison des gens qui l’entourent. De leur intelligence.
Ma grand-mère paternelle ne jetait jamais des chaussettes sans avoir tenté de les raccommoder. Elle avait un doigté exceptionnel. Si elle était encore de ce monde, elle dirait : “Mais voyons donc mes t’enfants, ce n’est pas raisonnable de jeter d’aussi belles chaussettes. L’époque n’est plus aux accommodements mais bien aux raccommodements. Nous avons appris nos leçons et fait nos devoirs. Qu’attendez-vous pour faire de même ?”
Alors, quand j’entends certains intellectuels douter de l’intelligence du bon petit peuple, dont je fais partie, je me dit que ma grand-mère, qui avait fréquenté l’université de la vie, aurait réglé le problème sans demander une commission pour des services rendus, en échange de son intelligence. Et même si elle était croyante, elle n’aurait jamais tenté de vous convaincre de l’existence scientifique de Dieu pour 1,8 million de dollars… même pas pour une paire de chaussettes.