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Opinions

Publié le 20/5/2008

Les actrices de la vie

Allo Outaouais.com - Gracefield- Chaque jour, nous sommes submergées par une masse d’informations émanant de notre entourage et des quatre coins du monde. Certaines, comme l’augmentation du prix des aliments, affectent directement notre vie. D’autres, comme les émeutes au Tibet, semblent trop loin pour nous atteindre.

On a parfois l’impression de se noyer dans tout cet amas d’informations tant le nombre de nouvelles désastreuses est grand : décès de soldats canadiens en Afghanistan, lapidation de femmes dans des pays arabes, meurtre de Québécoises tuées par leurs maris violents. La tentation de se mettre en marge, de se replier sur soi, d’être spectatrice de la société est alors très forte. N’avons-nous pas assez de nos propres problèmes? Pourquoi alourdir notre fardeau? … Eh bien, parce qu’il est très valorisant, quel que soit notre âge, d’être une « actrice de la vie » plutôt qu’une observatrice larmoyante.

Être une actrice de la vie, ça veut dire participer à la vie qui nous entoure, être partie prenante. On sait toutes que s’abstenir de donner son avis, de voter, de prendre position sur un sujet, quel qu’il soit, équivaut à approuver des décisions prises par une majorité qui, bien souvent, n’est pas très forte. Ce fut le cas, récemment, pour le projet de loi privé, le PL C-484 sur les enfants non encore nés, victimes d’actes criminels, auquel nous n’avions pas accordé toute l’attention nécessaire parce que les projets de loi privés ne vont généralement pas très loin. Au parlement canadien, il a pourtant été accepté en 2e lecture, à 147 voix contre 132. Onze femmes sur 302 députés ont voté en sa faveur. Heureusement, Mme Verner, ministre de la Condition féminine a voté contre. M. Harper, Premier ministre du Canada, a, quant à lui, voté pour. Si l’on s’était fait entendre plus tôt auprès de nos députés (ées) nous n’en serions pas arrivées là.

Dans le cas du projet de loi C-484, les tenants de la criminalisation de l’avortement y ont vu une porte ouverte et se sont rapidement bien organisés. Il n’est toutefois pas trop tard pour faire savoir que nous ne voulons pas revenir à l’époque des avortements clandestins, des broches à tricoter et des faiseuses d’anges. L’Afeas a toujours réclamé des mesures de support aux femmes enceintes, mais refuse que celles ayant recours à l’avortement soient traitées comme des criminelles. Alors quand on vous fera signe, n’hésitez pas à répondre à notre appel à l’action.  Chiâler contre des politiques jugées injustes ne sert à rien; nous devons faire valoir nos opinions auprès des décideurs.

(Prendre parti et avoir un parti pris : deux choses bien différentes)


Pour jouer pleinement notre rôle d’actrice de la vie, il faut savoir prendre parti et agir. Précisons tout de suite que prendre parti, ce n’est pas avoir un parti pris. Prendre parti suppose plusieurs étapes qui se font parfois automatiquement :
• réfléchir à la situation;
• faire des remises en question;
• ressortir les enjeux;
• nuancer les affirmations.
Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir.

Avoir un parti pris, nous fait endosser des idées toutes faites. Des idées émises par une célébrité, véhiculées par une journaliste reconnue ou, encore, entendues dans une émission de télé très populaire. Les idées toutes faites utilisent, d’ailleurs, une bonne dose de sentimentalisme : on greffe des sentiments honnêtes sur des faits biaisés et incomplets. Pensons par exemple à la campagne de Brigitte Bardot pour éliminer la chasse aux bébés phoques. Combien d’entre nous, se sont ralliées à son idée, parce que ça venait toucher notre sentiment de protection envers les animaux? Le parti pris est donc une opinion préconçue, presque du « prêt à penser » pour nous transformer en troupeau de moutons.

Sur le plan politique, il y a plusieurs façons de prendre position, la plus courante étant d’aller voter. Cependant, notre choix ne devrait pas se baser sur les sondages, ni sur l’image médiatique des candidates et candidats. Nous devrions plutôt nous attarder au contenu de leur programme. Évidemment, cela demande plus d’efforts. Il faut souvent chercher à la loupe, dans la masse d’informations plus ou moins pertinentes, les conséquences que leurs programmes de parti auront sur nos vies.

Dans la société, les partis pris débouchent généralement sur des préjugés. Ils sont tellement omniprésents qu’il devient difficile de remettre certaines idées en questions. Actuellement, un certain discours attribue le décrochage scolaire des garçons au trop grand nombre de femmes travaillant dans l’enseignement primaire et au succès scolaire des filles. Les préjugés ont la vie dure. Ils touchent autant les femmes victimes de violence, les bénéficiaires de l’aide sociale, les immigrantes, les personnes âgées que les baby boomers. Il faut trouver le courage d’aller au-delà des apparences et voir les personnes humaines derrière les idées véhiculées.

Individuellement, prenons parti et prenons position pour améliorer les conditions de vie des femmes. Collectivement, utilisons notre association, l’Afeas, pour nous faire entendre. Nos multiples dossiers - le travail invisible, la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes âgées -, nos thèmes comme la publicité sexiste, l’autonomie financière, des sujets d’actualité tels la santé, la régie des rentes vont dans ce sens. Ils nous amènent à participer à des commissions parlementaires, à faire des représentations auprès de nos députés et ministres, mais aussi à lancer des appels à l’action.

Les Afeas locales, de même que plusieurs d’entre nous, reçoivent le Bulletin électronique de l’Afeas par courriel. Ce bulletin mensuel nous informe gratuitement des actions entreprises pour défendre nos positions. Il vous lance aussi des appels à l’action. En passant, vous pouvez toutes vous abonner au Bulletin électronique même si vous n’avez pas Internet chez vous (demander : combien ont internet ? combien sont inscrites au Bulletin électronique ?). Il suffit de fournir à l’Afeas provinciale une adresse de courriel et de demander à la personne qui accepte de vous inscrire de vous remettre le Bulletin électronique. Vous pouvez aussi vous inscrire au Bulletin électronique en utilisant les services internet offerts par les bibliothèques ou autres endroits. Il vous suffit ensuite d’aller prendre vos messages de temps à autre. Le blogue du site internet de l’Afeas permet aussi de faire connaître vos opinions. Les textes n’ont pas besoin d’être longs et toute personne intéressée par nos sujets, membre ou non membre, femme ou homme, peut faire des commentaires.

Jouer son rôle dans la société


Les moyens d’action qui s’offrent à nous, individuellement, sont très diversifiés : lettre ouverte dans les journaux, appui à diverses causes, signature de pétitions … L’engagement à l’Afeas, quelle que soit son intensité, a un plus grand poids à cause de la solidarité et de la constance dans les actions que peut réaliser une association de plus de 12 000 membres. Il y a bien d’autres avantages à faire partie d’un groupe, dont le pouvoir de confronter ses idées avec celles des autres, d’augmenter ses connaissances, et de ce fait, sa capacité d’analyse et de compréhension. La qualité de nos interventions et de nos actions en devient d’autant plus grande.

Collaborer avec les autres groupes


Les causes importantes sont nombreuses, et on ne peut accorder la même énergie à tous les sujets qui nous intéressent en tant que personne. C’est pourquoi, à l’Afeas, nous nous associons à d’autres groupes et reconnaissons l’importance de l’action concertée pour obtenir des résultats. Ce fut le cas dans le dossier des pensions de la sécurité de vieillesse, des sages-femmes et de l’assurance parentale.
Les collaborations sont importantes pour ne pas s’épuiser à la tâche.

C’est aussi vrai à l’intérieur de nos rangs par le partenariat entre Afeas locales (échange d’expertise) et avec les organismes de nos milieux. Il est important de répertorier toutes nos Activités femmes d’ici, tel que vous nous l’avez demandé lors du congrès d’orientation (toutes, pas seulement celles reliées aux sujets d’étude de l’année). Ce répertoire, en plus de nous informer sur tout ce qui se fait dans les Afeas à travers le Québec, peut nous être fort utile lors de représentations politiques. Nos députés pourront ainsi prendre conscience de tout le travail que nous effectuons dans nos communautés. Un tel répertoire peut également être utilisé lors de la recherche de partenariats financiers et pour toute autre occasion. Il est toujours avantageux de pouvoir présenter concrètement ce que nous faisons à l’Afeas.

La situation des femmes à travers le monde nous interpelle aussi.  Les fléaux tels les guerres, les crises alimentaires, les pénuries d’eau, pour ne nommer que ceux-là, les atteignent de plein fouet. Encore là, nous ne pouvons être sur tous les fronts. C’est pourquoi nous avons choisi de nous associer à un projet bien concret Afeas-Oxfam-Bénin, en lien avec notre mission d’éducation et d’action sociale. Il permet à des femmes d’apprendre à lire, écrire et compter, à gérer leur petite entreprise de récupération, à développer leur autonomie personnelle et financière. La levée de fonds de 2006-2007 a permis un don de 2 000$ et nous espérons augmenter substantiellement notre contribution cette année.

En conclusion


Quand on prend parti, quand on prend position dans un dossier pour améliorer la condition de vie des femmes et de la société en général, on endosse une attitude démocratique. Cultivons notre scepticisme face aux partis pris, osons les remettre en question et exigeons de nos dirigeantes et dirigeants qu’ils nous montrent les deux côtés de la médaille.

Et rappelons-nous que se tromper vaut mieux que ne rien faire et de se sentir confortable dans cette indifférence. Il est possible que ce que l’on entreprend ne donne pas les résultats espérés, au moment espéré! Mais les actions que l’on pose laissent toujours des traces et occasionnent des retombées à court, moyen et long terme.
Alors, soyons des actrices de la vie et nous enrichirons par le fait même, nos vies!

 
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