Publié le 20/8/2009
Il est fier de ses trois ceintures noires dans trois disciplines différentes
Hermas Carré est un phénomène d’homme peu commun
Jean Lacaille - Cayamant - Hermas Carré est solide comme le roc de Gibraltar. Un phénomène d’homme unique en son genre. Il est le seul athlète en arts martiaux, avec un Japonais, à détenir trois ceintures noires dans trois disciplines différentes. Il est un expert en judo, en karaté et en jiu-jitsu. Le septuagénaire, originaire de Gracefield, se la coule douce dans sa résidence d’été aux abords du chemin Petit Cayamant.
Un seul coup de poing équivaut à 1 500 livres de pression. Toute une claque. Il est toujours arrivé à contenir son impulsion à deux occasions près. Une première lors d’une noce alors qu’un pantin lui a aspergé la tête de bière. «Je l’avais prévenu à plusieurs reprises. Il l’a finalement eu. Pauvre lui.» Et une seconde alors qu’il a expulsé un client de son autobus d’OC-Transpo à Ottawa. «Je n’ai jamais revu ce client dans mon autobus à la grande joie des autres clients qui ne voulaient pas être incommodés par cet individu qui manquait nettement de civisme.»
L’histoire d’une vie
Il s’est astreint, pour son grand plaisir, à une dévotion sans borne pour ces trois disciplines. Il compte 53 ans d’expérience dans un domaine astreignant qui ne permet pas les demi-mesures. Au rhytme de quatre sessions d’entraînement par semaine, il s’est imposé à un tel point qu’il se surprenait lui-même. Par la frappe d’un chuto, il brisait quatre deux par dix en pin vert d’un trait. Une scie mécanique n’aurait pas fait mieux. Et pourtant, l’humilité est sa plus belle qualité. Il a toujours voué le plus profond respect aux athlètes qu’il a côtoyés tout au long de cette belle carrière qui réclame une mise en forme exceptionnelle. Pour briller dans le domaine, il s’est imposé par un engagement ferme et régulier. Il a sué à grosses gouttes pour parvenir à ses fins. Il partage le crédit de ses efforts avec ses collègues qu’il rencontre régulièrement sur le matelas. Il entraîne toujours les jeunes à Gatineau et Ottawa. Il reprendra le collier dès octobre prochain.
«À 73 ans, je suis conscient que je n’ai plus la même efficacité. Mais comme les arts martiaux sont ma passion, je poursuis mon apprentissage. Et j’apprends toujours malgré toute l’expérience acquise au fil des ans. Et c’est justement ce qui me pousse à rester. J’ai le sentiment que je ne pourrais être mieux ailleurs. On ne maîtrise pas une passion, on l’assouvit et en puisant au fond de moi-même, je découvre toujours de nouvelles techniques.»
La maîtrise
Pour atteindre un tel niveau d’excellence, il faut trimer dur. Il a consacré 20 ans de sa vie à l’apprentissage du judo avec le Maître Mas Takahashi à Ottawa et autant d’années au karaté avec les Maître Pierre Myre et Gilles Lavigne à Gatineau et le jiu-jitsu avec Maître Richard Gauthier à Ottawa. Il est ceinturé noir 6e dan en karaté, 4e dan en jiu-jitsu et 1ère dan en judo. ll est fier de ces trois ceintures noires. «C’était ma drogue, ma passion. Plusieurs athlètes cherchent les affrontements. Mais je me tiens loin de ces gens qui se pensent de supers combattants et qui ne sont pas conscients qu’ils ont encore des croûtes à manger avant de maîtriser leur discipline à la perfection.»
Une vie exigeante
Hermas Carré n’a pas connu son vrai père, Hermas Cousineau, parce que son vrai père n’a pas voulu le connaître. Pourtant, il vivait tout près de lui à Cayamant. «J’ai manqué la présence de mon père biologique qui ne m’a parlé que trois fois dans ma vie. Il m’a ignoré. Ma mère, Nora Paquette, n’avait que 15 ans quand je suis né. Il s’agit d’une rencontre d’un soir qui n’a pas eu de suites. Ai-je besoin de préciser qu’une fille enceinte était mal vue par son milieu dans les années ’30. J’ai été finalement adopté par la famille Elzéar Carré. Nous étions pauvres comme Job.»
Alors qu’il n’avait que 10 ans, il a participé à des combats de boxe organisés dans le cour de l’hôtel de Cayamant. Une arène avait été aménagée et les combats de boxe s’y sont succédés pendant quelques jours. Il s’est imposé comme le meilleur jeune pugiliste de son école à laquelle il avait du mal à s’adapter parce qu’il était rejeté par ses copains et copines de classe.
«Je m’en souviens très bien. On m’avait refilé une bourse de 25 ¢ pour mes victoires. Mais dès lors, je savais que j’allais évoluer dans le monde du combat pour le reste de ma vie. Par la suite, j’ai développé ce talent inné que je sentais au fond de moi. J’ai participé à plusieurs compétitions locales, nationales et internationales. J’y ai laissé ma marque à ma façon. Je vais reprendre l’entraînement, en octobre, en raison de quatre soirs par semaine dans un garage, aménagé en gymnase, chez OC Transpo à Ottawa.»
À l’âge de 15 ans, sous la férule de son père adoptif, il charriait du bois en quatre pieds du lac Heafy jusqu’au Black Rollway à raison de quatre voyages par jour. «J’ai travaillé pour mon père adoptif pendant cinq ans sans toucher aucun salaire. Puis je suis parti pour la ville. Je levais un poids de 600 livres jusqu’à la ceinture alors que je ne pesais que 170 livres.»
L’optimisme
Hermas Carré se considère comme un homme très compréhensif mais qui peut être rancunier à outrance dépendant de l’attitude de certaines personnes à son égard. «Si on me manque de respect, je suis intraitable. Je respecte mon entourage et je m’attends au retour de l’ascenseur. Quand ce n’est pas le cas, je développe une rancune permanente et je ne veux plus rien savoir de ces gens qui ne me respectent pas.»
Pour gagner sa vie, il a été camionneur pendant 5 ans puis chauffeur d’autobus à Hull-Gatineau pendant 12 ans sans aucun jour de vacances. Il travaillait sept jours par semaine. Il a momentanément quitté les autobus pour accepter un travail de chauffeur de camion chez Overnite Express puis chez OC Transpo, où il a travaillé pendant 15 ans. «Je n’ai aucun accident à mon dossier en 45 ans de métier. J’étais très minutieux et j’avais à coeur la sécurité des usagers du transport public.»
Il a amorcé sa carrière dans le domaine en 1956, à Hull. Il gagnait alors 49 ¢ de l’heure et a travaillé sept jours par semaine pendant 12 ans. Il fallait être vraiment passionné pour suivre un entraînement régulier quatre soirs par semaine. «Les arts martiaux m’ont permis de m’évader et d’assouvir une passion que je sentais au dedans de moi.»
Il y a quelques semaines, il a participé à l’intronisation de la maîtrise en arts martiaux d’un jeune ami, et frère des arts, Stéphane Lachapelle, pour lequel il a un profond respect. «Stéphane est le plus gentil des gentils. Ce jeune-là est doté d’une force herculéenne. Il n’en abuse pas. Il a de qui retenir, son grand-père Hermas était tout un homme. De toute ma vie, je n’ai rencontré un homme aussi fort. Et pourtant, ce ne sont pas les occasions qui ont manqué. Hermas Lachapelle était tout un homme.»
Hermas Carré est né sur le chemin Labelle au faite de la côte Eagle à Gracefield. «Je me souviens très bien de mes jeunes années où on s’est servi de moi comme chair de travail. Je me souviens du temps où je ne pouvais entrer dans les salles de danse parce que je n’avais pas d’argent. J’attendais ma copine à l’extérieur de la salle parce que n’avais pas les sous pour payer le coût d’entrée. Toutes ces expériences forment un caractère. En terminant, je remercie Maître Pierre Myre pour tout ce qu’il fait pour moi et pour de nombreux autres passionnés d’arts martiaux en Outaouais.»